La France fait scandale. Ses partenaires européens la montrent du doigt. Ils  l’accusent d’irresponsabilité, d’ignorance et de gallocentrisme depuis que son président s’est opposé à l’ouverture des négociations d’adhésion avec la Macédoine du Nord et l’Albanie.  

         Comment ne pas voir, disent-ils, qu’Emmanuel Macron a contraint l’Union à trahir sa parole qui ne pourra maintenant plus être crue ? Comment ne pas comprendre qu’il vient d’affaiblir les démocrates pro-européens de tous les Balkans, d’ouvrir grand les portes de ces pays aux puissances russe, turque et chinoise qui ne rêvent que d’affaiblir l’Union, qu’il s’est, en un mot, plus soucié de ne pas apporter d’eau au moulin de Mme Le Pen que de défendre les intérêts supérieurs de l’unité européenne ?

         Car elles sont graves, ces accusations méritent réponse.

         En se déjugeant, c’est vrai, l’Union porte un mauvais coup à ses plus ardents partisans de l’ex-Yougoslavie. Ce n’est pas une bonne chose, certainement pas, mais vaut-il mieux risquer de créer des difficultés politiques à Skopje, Tirana et même Belgrade ou mettre un peu plus à mal toute l’entreprise européenne, dans toutes les capitales de l’Union ? Pouvait-on vraiment annoncer l’ouverture de négociations avec la Macédoine du Nord et l’Albanie au moment même où la Grande-Bretagne s’en va ? N’aurait-il pas été totalement déraisonnable d’ignorer que l’une des grandes causes du désamour de l’Union est son élargissement à des pays que tant de citoyens des Etats fondateurs ne savent pas situer sur une carte et dont le niveau de vie reste si bas que la liberté de circulation devient droit à l’immigration ?

         La France a Mme Le Pen mais, que l’on sache, l’Allemagne a l’AfD et presque aucun des 27, plus même l’Espagne, n’est épargné par la renaissance d’extrêmes-droites nationalistes portées par la peur des migrations et l’incompréhension des chemins pris par l’Union. La France n’a fait là que dire tout haut ce que pensent beaucoup d’autres Etats membres, pas seulement le Danemark et les Pays-Bas. Il y a, dans cette polémique, une formidable hypocrisie de grandes et petites capitales heureuses de pouvoir dire aux Albanais et aux Macédoniens qu’elles n’y seraient pour rien, qu’elles n’aiment rien tant que les Balkans et que seule la France, cette pelée, cette menteuse, serait à montrer du doigt.

         Eh bien non, désolé, la France n’eut, en l’occurrence, que le courage de parler vrai, non pas et nullement de vouloir à jamais exclure Macédoniens et Albanais de l’unité européenne mais de rappeler que l’Union ne fonctionne déjà pas bien à 27 et fonctionnerait encore plus mal à 29 et, un, jour, 35 ou plus.

         Avant d’élargir ses rangs, il faut aujourd’hui réformer l’Union en sortant, avant tout, de la règle de l’unanimité qui l’empêche d’avancer et de sanctionner ceux de ses gouvernements qui ne respectent pas les principes auxquels ils ont pourtant souscrit, librement et en pleine connaissance de cause.

Avant de négocier de nouvelles adhésions sur les bases d’aujourd’hui, il faut en définir de nouvelles afin de plus clairement et facilement aller vers une Union à plusieurs vitesses au sein de laquelle ceux qui le souhaiteront iront plus vite que d’autres vers une union politique.

         C’est l’essentiel car l’Union doit désormais faire la preuve de sa capacité à s’affirmer et agir, retrouver un plus large et solide soutien de ses citoyens et tout simplement exister pour que personne ne puisse plus dire, comme aujourd’hui devant la trahison des Kurdes : « Mais que fait l’Europe ? ».  L’urgence, elle est là, pas à de nouveaux élargissements, car lorsque l’Union sera devenue une puissance politique sa force d’attraction sera décuplée et les puissances russe, turque ou chinoise auront beaucoup plus de mal qu’aujourd’hui à trouver une vraie place dans ces Balkans que la géographie a placés en Europe et pas plus en Russie qu’en Chine ou en Turquie.

         Sans doute, répondent alors les plus lucides, mais puisqu’il faut une décennie à l’aboutissement de négociations d’adhésion, pourquoi être allé créer cette crise ?

         Pourquoi ?

         Allons ! Tout de même !

         Vous le demandez alors que personne n’ignore qu’il faut déjà tant d’années pour faire bouger les choses dans une Union à 27 et qu’il en faudrait encore plus pour le faire dans une Union élargie ?

         Vous le demandez alors qu’il est si clair que les nouvelles adhésions devront se faire dans la nouvelle Union et non pas dans celle d’aujourd’hui, pas dans celle qui ne marche plus ? Pour l’heure, l’Union se prépare à ses grands travaux. Elle entre en chantier, complète rénovation.   

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