Ce serait vous faire injure que de vous le rappeler. Une élection de Mme Le Pen signifierait que Vladimir Poutine n’aurait plus à craindre de renforcement des sanctions économiques contre sa guerre puisque les décisions européennes les plus importantes se prennent à l’unanimité et qu’elle s’y opposerait.

Avec Mme Le Pen à l’Elysée, M. Poutine aurait les mains libres en Ukraine et, face au danger de le voir triompher et s’attaquer bientôt à la Moldavie puis à la Géorgie, bien des Etats de l’Union décideraient d’agir en dehors d’elle, derrière les Etats-Unis et la Grande-Bretagne. C’en serait fini du front commun que les 27 avaient su constituer dans cette guerre et ce déchirement serait si grave que toute l’Union en serait ébranlée, que le projet de Défense commune dont elle vient de jeter les bases en serait rapidement oublié et que l’affirmation de l’Union en acteur de la scène internationale, en union politique, en serait d’autant plus compromis que Mme Le Pen y est absolument hostile.

Ce serait vous faire doublement injure que de rappeler que l’élection de Mme Le Pen offrirait donc à M. Poutine la possibilité de triompher à la fois de l’Ukraine et de l’Union européenne, d’un pays et d’une Union dont il a toujours refusé l’existence car il veut reconstituer l’Empire russe et ne surtout pas avoir à traiter avec des Démocraties européennes unies mais désunies.

Ce serait vous faire triplement injure que de rappeler que l’Union défaite ou mise en sommeil, les Démocraties européennes ne pèseraient plus guère dans un monde dominé par la Chine, l’Empire russe reconstitué, les Etats-Unis et, bientôt, l’Inde.

Ce serait vous faire quadruplement injure que de rappeler qu’en élisant Mme Le Pen, la France déciderait ainsi de ne plus compter dans le monde et d’empêcher les autres Démocraties européennes de garder un poids politique. Ce serait vous faire injure puisque vous le savez, puisque chacun le sait ou le pressent mais, sans vous faire injure, vous permettriez cela ?

Vous iriez vous abstenir dans deux semaines ?

Vous ne feriez rien d’ici là pour convaincre vos parents et amis de ne pas commettre un tel crime, de ne pas laisser abaisser la France, restreindre ses libertés et la ranger aux côtés de M. Poutine ?

On ne peut pas l’imaginer car la catastrophe advenue, comment expliqueriez-vous ce choix à vos enfants et petits-enfants qui vous interrogeraient un jour sur les raisons qui vous avaient fait renoncer à faire usage de votre voix ?

Vous leur diriez que le président sortant était d’une insupportable prétention, un premier de la classe auquel tout avait toujours souri dans la vie ?

Vous leur diriez qu’il avait, c’est vrai, fait baisser le chômage et su éviter, en pleine pandémie, une vague de faillites et de licenciements en mobilisant, quoi qu’il en coûte, les moyens de l’Etat, mais que ce président était celui des riches ?

Vous leur diriez qu’il était parvenu à convaincre toute l’Union d’emprunter en commun pour financer un plan de relance commun, mais que ce président était un libéral, un idéologue thatchérien au service des plus grandes fortunes ?

Vous leur diriez qu’il avait contribué à faire de la lutte contre le réchauffement climatique une priorité de l’Union mais s’en moquait en fait car il n’avait pas renoncé au nucléaire et n’avait pas assez vite interdit le glyphosate ?

Oui, vous leur direz cela car vous n’aurez rien d’autre à leur dire et vous verrez leur regard.

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