C’est un malaise inexprimé mais croissant. Face au parler vrai de la nouvelle diplomatie américaine, on sent monter l’inquiétude de tous ceux qui ont si peur de leur ombre et craignent tant pour leurs exportations qu’ils vont répétant qu’il faudrait être bien naïf et bêtement droit-de-l’hommiste pour s’imaginer changer les choses en dénonçant les crimes des dictatures.

Alors, imaginons l’inverse.

A la veille d’une semaine de concertation, à Bruxelles, entre Américains et Européens, imaginons un instant qu’au lieu de répondre « Yes, I do », « Oui, je le pense », au journaliste qui lui demandait s’il pensait que Vladimir Poutine était « un tueur », Joe Biden ait plus classiquement répondu qu’il n’était pas magistrat.

En Asie comme en Europe, c’est alors qu’on aurait dû s’inquiéter que le président des Etats-Unis soit assez faible pour faire mine d’ignorer que les services de Vladimir Poutine étaient bien évidemment derrière les assassinats ou tentatives d’assassinat d’Alexeï Navalny, de Sergueï et Ioulia Skripal, de Boris Nemtsov, d’Anna Politovskaïa, de Boris Bérezovski, Alexandre Litvinenko ou de Vladimir Kara-Murza, de tant d’opposants de premier plan, de journalistes dérangeants ou de personnes qui en savaient trop et cela sans compter les assassinats politiques commis dans des parties plus reculées de la Fédération.

Célèbres ou moins connus, les gêneurs meurent beaucoup sous M. Poutine. C’est là qu’est le scandale et certainement pas dans ce « Yes, I do » dont il faut au contraire applaudir Jo Biden. Après la tendresse que Donald Trump manifestait aux  dictateurs, cela vient redresser l’image des Etats-Unis qui amorcent là un virage d’autant plus net que le lendemain même, les responsables de leur nouvelle diplomatie n’ont pas non plus pris de gants avec leurs interlocuteurs chinois. Face à face, à leur première rencontre, ils leur ont reproché le génocide des Ouighours, la persécution des Tibétains, la répression en cours à Hong Kong, leurs attaques contre les « valeurs fondamentales » et la menace que leur comportement constitue pour la stabilité internationale.

 Ni M. Xi ni M. Poutine n’ont deviendront démocrates mais, avec l’arme de la vérité pointée sur eux, l’un et l’autre auront à comprendre que la première puissance mondiale est prête au bras de fer et qu’ils devront accepter d’entendre dénoncer leurs méfaits car que pourraient-ils faire d’autre ?

 M. Poutine serait-il tenté par un procès en diffamation ?

 Oh, oui, chiche, ce serait trop beau !

M. Xi va-t-il riposter en envahissant Taïwan ?

 Ce serait là tout sauf beau mais son commerce extérieur et son économie seraient-ils prêts à en payer le prix et son Bureau politique lui-même le laisserait-il commettre une telle folie ?

 Non.

 Alors rassurez-vous, chers habitués des cocktails avec les mangeurs d’hommes, apaisez vos craintes car l’agressivité des dictatures est inversement proportionnelle à la résistance qu’on leur oppose. Les politiques d’apaisement avaient permis à Hitler de se lancer à la conquête de l’Europe alors que la constante dénonciation du communisme et le soutien politique apporté aux dissidents ont précipité l’éclatement du bloc soviétique. Ce n’est pas parce que M. Biden appelle un chat, un chat et un empoisonneur un tueur, qu’il voudrait entrer en guerre avec la Chine et la Russie. Ce réaliste ne fait que partir de l’idée qu’on ne scelle pas de compromis sur des faux-semblants mais sur la clarté de ce qui vous sépare et le courage de le dire. 

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