Et la voilà pourtant qui s’esquisse. Pire qu’inexistante, on la disait impossible tant l’histoire, les connivences culturelles et les rapports au monde des différents Etats de l’Union seraient différents et souvent contradictoires mais, à mieux y regarder, à plus observer l’addition des évolutions que le poids du passé, on voit pourtant une politique étrangère européenne émerger de ses limbes.

Tout récent, il fut un temps où l’Allemagne considérait que rien ne devait tendre ses relations avec cet Eldorado qu’était la Chine et puis soudainement un tournant s’est pris.

Après que Mme Merkel a précipité, fin décembre, la signature d’un accord sur les investissements entre l’Union européenne et Pékin, il a suffi que les dirigeants chinois sanctionnent la Commission des droits de l’Homme du Parlement européen et des députés de presque tous ses groupes tous coupables de s’être élevés contre le sort des Ouïghours et des démocrates hongkongais, pour que l’Allemagne ne fasse plus obstacle à un durcissement européen vis-à-vis de Beijing.

M. Xi avait poussé le bouchon trop loin. Il en paie le prix mais, bien au-delà de cette maladresse chinoise, l’Allemagne a fini par réaliser que la Chine aspirait aujourd’hui à exercer sur le monde la même prééminence politique, militaire et technologique que celle dont les Etats-Unis bénéficient depuis 1945.

Or si la démocratie américaine est loin d’être irréprochable, la Chine est une dictature exemplaire face à laquelle la politique de l’Union tend donc à s’harmoniser. Dans les couloirs et les travées du Parlement européen, ce changement est d’une criante évidence mais un mot maintenant de la Turquie, de la Russie et des Etats-Unis.

Avec Washington, les différences entre les plus et les moins atlantistes des Etats européens tendent à disparaître tant Donald Trump a donné à voir la nécessité d’une Défense européenne tandis que Joe Biden a su séduire les Européens en tendant la main à l’Union, proposant son alliance des démocraties et organisant ce retour du keynésianisme et de l’Etat stratège que les 27 avaient entrepris un an avant lui.

Sur la Turquie, la France a maintenant compris qu’elle ne pouvait pas s’opposer seule et en bloc à Recep Erdogan tandis que l’Allemagne a enfin réalisé qu’on ne pouvait pas tout passer à ce mégalomane vieillissant et brutal qui entendait malmener l’Union et l’Alliance atlantique tout en se réclamant d’elles. L’Union se dote d’une politique turque. Elle est faite de plus de fermeté et de moins d’inacceptables indulgences et quant à la Russie, les 27 sont tous aujourd’hui sortis des illusions des tentatives de relance des relations avec M. Poutine.

L’Union n’en passe pour autant pas à une attitude belliciste avec la Russie mais s’oriente vers une plus grande lucidité vis-à-vis de son président couplée à une ouverture de long terme sur la recherche d’une organisation du continent Europe autour d’une coopération entre l’Union et la Fédération.

Pour la simple raison que les Européens se découvrent, en ce nouveau siècle, des solidarités, des défis et des intérêts communs, c’est à la naissance d’une politique étrangère européenne que l’on assiste aujourd’hui.

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