Bahreïn est un tout petit pays, mais ils sont arrivés à cinq. Le sexagénaire et les deux quadras étaient Bahreïnis, les deux plus jeunes, un garçon et une fille, représentaient une ONG, une de plus.

On parle tout le temps de lobbyistes mais il y a aussi beaucoup d’ONG au Parlement européen, connus, inconnus et superflus.

Le plus timide des quadras s’est jeté à l’eau, racontant avec une angoissante pudeur les soixante-trois jours de grève de la faim qu’il venait de faire à Londres en faveur de son père devant l’Ambassade du petit royaume. Son père, Hassan Mushaima, soixante-et-onze ans, est l’une des principales figures de l’opposition, jetée en prison après les Printemps arabes de 2011. Ali, le fils ne demande pas même la libération de son père, ce serait sans espoir, dit-il. Ce serait totalement vain ajoutent les deux autres Bahreïnis. Non, Ali voudrait seulement que la famille royale veuille bien que son père soit traité pour son cancer.

J’ai repensé aux dissidents soviétiques, et à la satisfaction avec laquelle Leonid Brejnev se débarrassant des plus célèbres d’entre eux en acceptant qu’ils s’exilent. Je me suis dit que ces monarques sunnites qui règnent sur un peuple chiite avec l’appui militaire des monarchies du Golfe devraient accepter le même genre de deal que la direction du Parti.

J’ai demandé à Ali : « Vous n’avez pas essayé de monnayer sa libération contre son départ à l’étranger ? ». Ali a souri de mon ignorance. « Mais ils ne veulent rien négocier » s’est-il exclamé. « J’ai un ami binational danois qui était emprisonné ; le ministre danois des Affaires étrangères s’est personnellement saisi de son cas mais il n’a rien pu obtenir. Ils sont intraitables. Le traitement, en revanche…Si vous m’aidiez, si ce Parlement m’aidait, j’y arriverais peut-être ». 

J’allais donc écrire à l’Ambassadeur.

L’entretien se terminait, mais l’autre quadra était mécontent, fâché que je ne comprenne pas qu’un militant ne devait abandonner ni son pays, ni la lutte, mais se battre jusqu’au bout, jusqu’à la mort voulait-il dire. Je ne l’ai pas contredit, mais je ne l’ai pas aimé, cet homme qui sacrifiait une vie à une cause avec des yeux trop brillants.

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